Je suis chrétienne. Catholique, pour être précise. Je ne dirais pas que j'en suis fière, parce que ce n'est "pas ma faute." Je suis née en France, pays pseudo laïc, néanmoins fortement mâtiné de catholicisme, dans une famille assez fortement engagée dans l'Eglise. Ma mère faisait le cathé, comme mes grands-mères avant elle, et j'ai fait sagement tout le parcours, de la première année de cathé à la confirmation, en passant par la communion et la profession de foi, comme mes frères et mes parents et grands parents avant moi. Je n'en tire aucune gloire, si j'étais née au Japon, je serais certainement shintoïste, anglicane si j'étais née en Angleterre, musulmane, bouddhiste, juive ou orthodoxe si j'étais née ailleurs -- ou dans une autre famille. Comme dit LeForestier, "être né quelque part, pour celui qui est né, c'est toujours un hasard." 

Je suis également bisexuelle. ça non plus, je n'en suis pas fière, au sens où je ne m'en vante pas. Je l'assume de plus en plus à mesure que je vieillis -- encore que... -- mais là encore, je n'ai pas choisi d'être attirée par un sexe ou l'autre -- ou les deux, puisque c'est le cas. J'ai la chance d'être Européenne, à une époque où ce genre de "fantaisie" n'est plus considérée comme une maladie (l'homosexualité a été retirée du manuel diagnostique et statistique des maladies mentales, en 1985 et a été déclassifiée lors du congrés de 1992), même si la bisexualité reste méconnue et souvent considérée comme une "confusion", tant de la part des homos que des hétéros. Mais c'est une question à part (et pour ceux qui lisent l'anglais, je conseille l'excellent site Wipe Out Homophobia qui explique bien les choses ).

Il n'y a pas si longtemps, j'ai commencé à me lancer dans des débats, de plus en plus fréquents, avec mon entourage et notamment mes parents, au sujet du mariage gay. Sans rentrer dans le détail des positions que nous défendons respectivement, je me suis surtout aperçue qu'il est difficile de faire comprendre à des gens de leur génération et de leur éducation combien cela mesemble une avancée, sinon essentielle, du moins très importante. Toutefois, je crois avoir réussi à faire, sinon changer, du moins un peu évoluer leur opinion sur le sujet.

En revanche, ce matin, je me suis aperçue également que je ne me reconnaissais plus dans ma religion.

Il y a déjà un moment que la religion ne faisait plus vraiment partie de mes priorités. Je n'allais plus à la messe que pour Noël, et une fois de temps en temps genre pour la communion de mon neveu, ou par hasard quand j'en avais envie. Les prètres de Hometown, depuis déjà longtemps, me paraissaient être des rigolos au mieux, au pire des cons finis. D'autres que j'avais brièvement croisés, m'avaient paru plus sympas, mais sans plus. La distance entre l'attitude des "bons chrétiens" et ce que moi je vois comme des valeurs importantes m'a rapidement écoeurée. Etant moi-même chrétienne, je sais que tous ne sont pas "comme ça", mais je comprends mieux les réticences des non-chrétiens à notre égard...

Ce matin, j'assistais à la messe en l'honneur de mon grand-père, décédé il y a à peu près dix jours. Une messe "classique", sans histoire, 90% de petits vieux, deux familles assez jeunes avec des petits, ma grand-mère, ma tante, mes parents et moi. Lectures, évangile, etc -- ceux qui connaissent savent de quoi je parle, les autres n'ont pas besoin que je rentre dans les détails. A la fin de la cérémonie, vient le moment des annonces. Et là, le curé vient au pupitre et appelle à la mobilisation pour une manifestation contre le mariage gay. Départ de Bourges, montée à Paris. Déjà... bonjour la claque. Les arguments sont toujours les mêmes : "désanctification du mariage" (comme si les hétéros ne pouvaient pas se charger eux-même de faire ça... oh mais attendez... c'est déjà le cas !) ou "importance pour un enfant d'avoir un père et une mère" (ah, donc les parents célibataires, c'est de la merde ? et les parents hétéros qui battent leur gosse, c'est mieux ?) et m'écoeurent, sans me surprendre. Mais le pompon, ça a été le pépère bien-pensant de petite bourgeoisie de province qui est monté au pupitre pour en remettre une couche, appelant les "bons chrétiens" à "se défendre" et à "défendre leurs valeurs"...

Euh... HELLO ???????????

Les valeurs de la chrétienté, c'est d'aimer son prochain comme soi-même, de ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'on vous fasse, de respecter l'autre et de l'aider. ça, ce sont des valeurs...

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Ok ?

Voilà, je me suis passé les nerfs. sorry pour l'énervement !